Y. Kurtz : Jonathan, peux-tu nous dire quelques mots sur toi ?
J. Dudreuil : je suis né il y a presque 22 ans à Bordeaux. J’ai vécu la moitié de ma vie chez ma mère, et l’autre partie chez mon père, fuyant tour après tour alcool et indifférence. Même si aujourd’hui mes relations familiales sont meilleures, j’ai l’impression d’être passé à côté de mon enfance où il a fallu se battre pour exister, pour être reconnu. Cette enfance en quelque sorte perturbée, ce parcours tourmenté, c’est sans doute ce qui m’a fait être indépendant, rebelle et impulsif.
Y.K. : Comment es-tu venu à la canne
J.D. : J’ai découvert la canne il y a 6 ans, avec Guillaume. Il m’a donné envie de pratiquer. Elevé dans l’excellence du sport au milieu d’une famille sportive, j’étais plutôt poussé vers le judo, le rugby ou encore le travail de cirque. Mais j’ai trouvé dans la canne ma touche personnelle, mon envie à moi. Je me suis donc inscrit au club de Bordeaux où je rencontrais alors des gens comme Hélène, Francis et Bertrand. Ils me menèrent la vie dure, et je ramais à mes débuts. Mais au lieu d’abandonner, cela m’a donné envie de me battre, de réussir et de gagner. Ce n’était certes pas évident devant ce trio de champions. Mais ils m’ont aidé, développé chez moi l’envie d’aller plus loin et de me battre pour être meilleur. Le Meilleur !
Y.K. : Et Bertrand dans tout cela ?
J.D. : Bertrand, hier, c’est celui qui a détecté le premier mon potentiel et qui l’a développé. Aujourd’hui il porte une double casquette : celui d’entraîneur quant il me donne ses conseils ; de partenaire quand je suis face à lui, dans l’aire de combat. Les reprises alors se succèdent, interminables, à un rythme effréné; l’engagement y est total et entier. On ne fait pas semblant, offrant ce qu’il y a de meilleur à l’autre Il n’y a pas de concurrence, mais une saine émulation faite de respect.
Y.K. : Que cherches tu dans le sport de haute compétition comme la canne ?
J.D. : Je pense, avant tout, que l’on fait un sport pour s’éclater ; aussi bien physiquement qu’humainement. C’est l’occasion de se retrouver entre copains, entre amis, et partager des moments forts. Je recherche cela en Canne de Combat et tout particulièrement lors des compétitions ; c’est un moyen de se réunir, comme dans une grande famille où chacun est dispersé un peu partout. Mais c’est aussi un moment important, celui de s’affronter dans une grande joute amicale et fraternelle, où quoique l’on en pense le but est moins le moyen de définir le champion comme on l’entend habituellement que celui de reconnaître, avec fierté, celui qui se sera engagé le plus dans l’événement et aura su démontrer son talent.
Y.K. : Cela veut-il dire que la compétition de haut niveau te contente ?
J.D. : La compétition est le moment de la lutte. C’est l’heure de l’évaluation, de l’affrontement. Chacun y va de sa personnalité. Moi, par exemple j’ai besoin dans ces moments là d’être seul, de me retrouver et faire le vide dans ma tête. Je m’enferme souvent dans les gradins, musique aux oreilles et je déconnecte. Je sais que cela est mal perçu par les autres compétiteurs qui arrivent quant à eux à se rassembler, rire et partager. Aussi, elle ne peut suffire, me suffire ; car il est important de se retrouver ailleurs, dans d’autres circonstances. Lors de regroupements ou de stages par exemple, ce qui nous permettraient de partager autre chose ; de mieux se comprendre.
Y.K. : On te reproche souvent ton engagement trop dur ou accès de colères. Qu’en penses-tu ?
J.D. : Je dois reconnaître ce que je suis et mon caractère entier s’exprime parfois trop exagérément. Mais on croit à tort que je suis à la recherche coûte que coûte du gain de la rencontre, peu respectueux de mes adversaires. Mais c’est faux. Bien sûr, je désire être le meilleur. Vaincre et me dépasser, c’est dans ma nature ; c’est ce qui m’a permis de me faire, d’exister. Je ne peux renier cela et ne conçois pas l’adversité sans combattre. Cela est difficile à expliquer, mais mon respect pour l’autre c’est d’être moi-même ; d’offrir à mon adversaire ce qu’il y a de mieux en moi, tant sur le plan de l’engagement personnel que sur le plan de la technique. Et quand je commence un assaut, je m’investis entièrement, tel un guerrier, pour être le meilleur sur le moment. Il est important de se battre pour ce que l’on croit, dans la vie comme dans l’aire de combat.
Mais accepter cela c’est aussi accepter de perdre. Et dans ce cas, il n’y a pas de remord à avoir, car on a tout donné. L’autre a été le plus fort, et on peut partir fièrement, se respectant et en respectant l’autre.
Y.K. : Quelques mots sur les Championnats de France 2005
J.D. :
Y.K. : Quelques mots sur les Championnats de France 2005
J.D. : La finale à Figeac a été pour moi la plus belle des victoires et les Championnats de France 2005 m’ont permis d’obtenir le plus beau titre. J’ai été obligé, grâce à F. Adami, d’aller chercher au fond de moi-même et de tout donner. Florian est un immense canniste aux qualités extraordinaires. Et en finale, il s’est exprimé entièrement, offrant ce qu’il y a de mieux. Grâce à cela, notre jeu, à tous les deux, a pu s’exprimer. Ce qui a permis de mettre la barre très haut. Il aurait pu gagner. Et c’est avec beaucoup de respect que je me serais incliné.
Y.K. : Que penses-tu de l’évolution aujourd’hui de notre sport ?
J.D. : Je pense sincèrement que le niveau général a progressé. Et ceci pas seulement dû au travail des tireurs, mais aussi grâce à la réflexion de fond menée depuis quelque temps par le C.N.C.C.B. Certaines règles, sans remettre en cause pour autant les fondamentaux, ont évolué, s’adaptant aux demandes des tireurs et leur permettant ainsi de mieux s’exprimer, de se libérer de contraintes trop figées. La problématique de la « garde opposée » est typique de cette évolution. Hier trop flou, ce concept a été redéfini, permettant d’enrichir le jeu technique et technico-tactique des tireurs en les obligeant à mieux prendre en compte la dynamique des distances.
Y.K. : Peux-ton parler d’une école de Bordeaux ?
J.D. : Oui. Contrairement à ce que l’on pense, il y a une école à Bordeaux ; celle de P. Conjat. Il a « fabriqué » des champions dont le jeu est fortement marqué par l’aspect défensif de celui-ci. Bertrand, Francis, Hélène, moi aujourd’hui, nous sommes le résultat de cette école.
Y.K. : Un dernier petit mot ?
J.D. : Je voudrais dire un grand merci à mes frères d’arme de Bordeaux ; à notre maître à tous P. Conjat , ma famille, le collectif F.B.C., Sandie ( la Taupe-modèle …) et à ma vie (elle comprendra). Merci.
Y. Kurtz,
chargé de la communication de la canne de combat et du bâton |